Pourquoi apprendre l'allemand : le blog

L'extension du Zeughaus par Pei

Musées historiques ici et là

Mémoire ou "identitarisme" national ?

Un président français a rêvé d'un Musée historique, les Allemands l'ont déjà fait. L'idée allemande trainait dès 1952 (1). Par delà le devoir de mémoire, il devait affirmer l'identité européenne des Allemands... assez loin de l'objectif français.

En 1981, après l'immense succès de la grande exposition berlinoise consacrée aux Prussiens, le maire de Berlin, Richard von Weizsäcker (2), chargea quatre historiens d'élaborer le concept d'un Musée historique allemand à Berlin. L'idée fut activement soutenue par le Chancelier Kohl et se concrétisa en 1987 - l'année où furent fêtés les 750 ans de Berlin - par un accord entre le Bund et le Land de Berlin. 

Le projet suscita une vive polémique, autant autour du choix d'un lieu et d'une dimension appropriée que de la crainte d'un parti-pris qui ferait passer le devoir de mémoire allemand au second plan. Finalement, on confia à l'architecte milanais Aldo Rossi le soin de construire un nouveau palais muséal de 36 000 m2 près du Reichstag.

Mais, c'était sans compter avec la réunification qui, arrêtant les controverses, obligea à repenser le projet. En effet, la RFA hérita du Musée pour l'Histoire Allemande de Berlin Est installé en 1952 dans l'ancien Arsenal royal, le Zeughaus. De plus, avec le déménagement du Gouvernement fédéral à Berlin, le terrain du projet Rossi fut attribué à la future Chancellerie. Le site du Zeughaus fit rapidement consensus et compte tenu de sa faible surface une extension pour les expositions temporaires fut confiée à l'architecte américain Pei (l'auteur de la pyramide du Louvre).

Loin de ces polémiques oubliées, les Allemands ont plébiscité le Deutsches Historisches Museum (DHM). Depuis son inauguration en 2003, il est passé au premier rang des musées berlinois (plus de 500 000 visiteurs / an), enchaînant exposition sur exposition telles que "Hitler et les Allemands", "Ordre et extermination, la police dans l'état nazi", "La forêt allemande, une histoire culturelle sous les arbres", etc...

Un des secrets de la réussite du musée est dans la méthode : le chancelier Kohl a mis en place une équipe totalement indépendante mêlant aux historiens de l'ouest ceux qui avait en charge l'ancien musée de Berlin-Est. De plus le musée de Berlin travaille en réseau avec le Musée national germanique de Nuremberg et le Musée d'histoire de la République fédérale de Bonn. Celui-ci a créé avec Berlin le LeMO (Lebendiges Museum Online),  un musée virtuel sur internet de 30.000 pages, 165.000 visuels, enregistrements audio et vidéo (3).

Dans la version française de son site, le DHM dit être une exposition de "2 000 ans d’une histoire allemande mouvementée et en proie à des tensions diverses, envisagée dans son contexte européen". En allemand, le propos est plus concentré : "éclairer et expliquer (Aufklärung und Verständigung) l'histoire commune des Allemands et des Européens".

En 2009, après sa visite de ce musée de 8000 m2, un journaliste de la Frankfurter Rundschau s'interrogeait "Qu'est-ce qui est allemand, qui sont les Allemands, qu'est-ce que l'Allemagne ? Le visiteur cherchera en vain la réponse et il découvrira qu'ici personne ne s'est même posé la question". A-t-il vraiment compris l'objectif du lieu ? Ne serait-il pas aussi le représentant d'une demande identitaire qui empoisonne les questions posées à l'histoire ?

(1) Le Président Heuss, dans son discours 24 août 1952 pour le centenaire du Musée national germanique de Nuremberg.

(2) Le sixième Président de la RFA de 1984 à 1994

(3).http://www.dhm.de/lemo/

 

Cet article a déjà été publié dans Rencontres Franco-Allemandes N° 208, le bulletin trimestriel des EFA (Association "Echanges Franco-Allemands" / www.echanges-franco-allemands.org)